
Sylvie à la plage suite
L’été suivant, la crique des Chèvres n’avait pas changé. Les mêmes galets gris-bleu, le même cri des mouettes qui semblaient se moquer de tout le monde, la même odeur chaude de crème solaire et d’algues. Mais Sylvie, elle, n’était plus tout à fait la même.
Elle avait soixante-trois ans et trois quarts maintenant. Elle ne comptait plus les demis ; elle disait simplement « soixante-trois et des poussières », exactement comme Marc. Ça les faisait rire tous les deux.
Cette fois, elle n’avait pas acheté de robe neuve sur internet. Elle était venue directement en maillot – pas le une-pièce noir austère, non : un deux-pièces bleu nuit qu’elle avait choisi en magasin, devant la vendeuse, sans baisser les yeux. Le haut noué derrière la nuque, le bas un peu plus échancré qu’elle n’aurait osé l’année précédente. Marc l’avait regardée enfiler le maillot dans la chambre d’hôtel le matin même et avait seulement dit :
— Tu es magnifique.
Il ne l’avait pas dit sur le ton de la consolation. Il l’avait dit comme on constate un fait.
Ils s’étaient installés au même endroit, un peu plus près de l’eau cette fois, là où les galets deviennent plus fins. Sylvie avait étalé la serviette sans croiser les bras, sans rentrer le ventre. Elle s’était assise jambes croisées, le dos droit, et avait regardé autour d’elle.
Elle avait repéré plusieurs visages familiers. La femme d’une cinquantaine d’années qui leur avait dit « c’était beau » l’été dernier était là, avec un livre différent mais le même sourire discret. Un couple plus jeune, la trentaine, qui s’embrassait sans retenue un peu plus loin. Et puis un homme seul, la soixantaine bien entamée, qui lisait le journal et jetait des coups d’œil réguliers vers la mer… et vers eux.
Sylvie se pencha vers Marc.
— Tu crois qu’il se souvient ?
— Probable. Les gens n’oublient pas ce genre de choses.
Elle sourit, un sourire qui n’avait plus rien de timide.
— Tant mieux.
Le soleil montait. La chaleur devenait lourde. Sylvie se leva la première. Elle ne demanda rien à Marc cette fois. Elle marcha jusqu’à l’eau, entra lentement jusqu’aux cuisses, puis se retourna vers lui et fit simplement :
— Viens.
Il se leva sans un mot, la rejoignit. L’eau était encore fraîche, presque froide au début. Sylvie passa ses bras autour du cou de Marc. Elle l’embrassa longtemps, debout dans les vaguelettes, le corps collé au sien. Les gouttes d’eau salée perlaient sur leurs peaux.
Puis elle murmura contre sa bouche :
— Pas ici. Pas encore. Ramène-moi sur la serviette.
Ils revinrent main dans la main, dégoulinants. Sylvie s’agenouilla sur la serviette, dos à la mer, face à Marc. Elle défit lentement le nœud de son haut. Le tissu tomba. Elle ne le ramassa pas. Elle regarda Marc dans les yeux et dit, assez fort pour être entendue à plusieurs mètres :
— Je te veux. Là. Maintenant.
Autour d’eux, les conversations baissèrent d’un ton. Quelques têtes se tournèrent. La femme au livre posa son marque-page. L’homme au journal plia lentement les pages.
Marc s’allongea. Sylvie s’installa au-dessus de lui, fit glisser le bas de son maillot sur le côté. Elle ne chercha pas à cacher quoi que ce soit. Elle descendit sur lui avec une lenteur assumée, presque théâtrale. Quand il fut entièrement en elle, elle resta immobile un instant, les mains posées sur ses épaules, le regardant fixement.
— Regarde-moi, dit-elle.
Il la regardait déjà.
Elle commença à bouger. Pas vite. Pas pour faire un spectacle. Juste pour eux. Mais le spectacle existait quand même. Les vagues continuaient de clapoter. Un enfant plus loin cria « maman, regarde ! » et se fit immédiatement gronder. Quelqu’un rit doucement. Quelqu’un d’autre soupira.
Sylvie accéléra un peu. Ses seins bougeaient au rythme de ses hanches. Elle ne les cacha pas. Elle les laissa vivre. Elle sentait le regard des autres comme une caresse supplémentaire, étrange, presque tendre. Pas de jugement. Pas de dégoût. Juste de la curiosité, de l’étonnement, parfois de l’admiration.
Quand elle sentit l’orgasme monter, elle ne le retint pas du tout. Elle renversa la tête en arrière, ouvrit la bouche, laissa échapper un long gémissement qui se mêla au bruit de la mer. Marc la suivit presque aussitôt, les mains crispées sur ses hanches.
Ils restèrent ainsi un long moment, essoufflés, enlacés, le soleil qui séchait la sueur et l’eau de mer sur leur peau.
Quand Sylvie se releva enfin, elle ne se dépêcha pas de remettre son haut. Elle s’assit à côté de Marc, torse nu, les jambes repliées contre elle, et elle regarda la plage.
La femme au livre s’approcha doucement.
— Vous êtes… inspirants, dit-elle. Vraiment.
Sylvie sourit.
— Merci. Ça nous a pris soixante-trois ans pour arriver là.
La femme rit.
— Eh bien… continuez.
Elle s’éloigna.
Marc passa un bras autour des épaules de Sylvie.
— Tu veux qu’on rentre à l’hôtel ?
Elle secoua la tête.
— Non. Pas tout de suite.
Elle se leva, toujours torse nu, et marcha jusqu’au bord de l’eau. Elle resta là, face à la mer, les bras le long du corps, laissant le soleil et les regards la caresser.
Pour la première fois de sa vie, elle ne se sentait pas observée.
Elle se sentait vue.
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