
Sylvie er mar sur la plage 1 er expérience
Sylvie avait soixante-deux ans et demie. Elle le savait parce qu’elle comptait encore les demis, comme quand elle était petite fille. Marc, lui, disait toujours « soixante-deux et des poussières », avec ce sourire en coin qui la faisait rougir depuis quarante ans.
Ce matin de juillet, la plage de galets de la crique des Chèvres était bondée. Pas la grande plage touristique avec les parasols alignés comme des soldats, non : celle-ci, plus petite, coincée entre deux falaises, où les familles du coin et quelques naturistes discrets se retrouvaient depuis toujours. L’eau était translucide, le soleil déjà brûlant à onze heures.
Sylvie portait sa nouvelle robe légère en lin beige, celle qu’elle avait achetée sur internet en se traitant d’idiote à chaque clic. Elle l’avait enfilée par-dessus son maillot une-pièce noir, classique, austère, celui qu’elle mettait depuis quinze ans. Marc, torse nu, short de bain bleu marine, lisait un polar sur sa serviette. Il ne lisait pas vraiment. Il la regardait, elle le savait.
Elle s’était assise les genoux serrés, les bras croisés sur sa poitrine comme pour se protéger d’un vent qui n’existait pas. Depuis des mois, une idée tournait dans sa tête, une idée folle, inconvenante, presque adolescente. Elle n’osait même pas la formuler à voix haute dans sa propre cuisine. Mais ici, face à la mer, avec le bruit des vagues et les cris des enfants plus loin, l’idée revenait, insistante.
Elle murmura, presque pour elle-même :
— Marc… tu te souviens de ce qu’on s’était dit, il y a longtemps ? Sur la plage, à l’Île-aux-Moines… qu’un jour on oserait.
Il posa son livre lentement. Il ne fit pas semblant de ne pas comprendre.
— Tu parles de ça maintenant ? Ici ? Avec tous ces gens ?
Elle baissa les yeux sur ses propres pieds, les ongles vernis d’un rose timide qu’elle avait mis hier en tremblant.
— Justement… avec tous ces gens.
Silence. Juste le clapotis et le cri d’une mouette.
Marc se tourna vers elle. Il ne riait pas. Il la regardait comme au premier jour, quand elle avait vingt ans et qu’elle osait à peine lui prendre la main dans la rue.
— Sylvie… tu es sérieuse ?
Elle hocha la tête, minuscule mouvement. Puis, plus fort, presque cassée :
— J’ai passé toute ma vie à avoir peur qu’on me regarde. Toute ma vie. J’en ai assez d’avoir peur. Je veux… je veux que tu me touches. Ici. Maintenant. Même si on nous voit. Surtout si on nous voit.
Il resta immobile un instant. Puis il tendit la main, paume ouverte. Elle la prit. Ses doigts à elle étaient glacés.
Ils se levèrent ensemble. Pas besoin de parler davantage. Ils marchèrent vers l’eau, main dans la main, comme un couple de jeunes mariés. Arrivés au bord, là où les vaguelettes léchaient les galets, Marc s’arrêta.
— On peut encore faire demi-tour, murmura-t-il.
Sylvie secoua la tête.
Elle fit glisser les bretelles de sa robe. Le tissu tomba en corolle autour de ses chevilles. Elle resta en maillot une pièce, les épaules nues, le ventre un peu rond, les seins lourds, les vergetures argentées comme des rivières anciennes. Elle ne rentra pas le ventre. Pour une fois, elle ne rentra pas le ventre.
Marc passa derrière elle, l’enlaça par la taille. Ses mains remontèrent doucement, effleurèrent ses côtes, puis se posèrent sur sa poitrine par-dessus le tissu. Elle ferma les yeux. Elle sentait les regards. Pas tous, mais certains. Une femme plus loin qui s’était arrêtée de lire. Deux adolescents qui chuchotaient. Un homme d’une soixantaine d’années qui souriait dans le vague, sans jugement.
Marc murmura contre son oreille :
— Tu trembles.
— Je sais… c’est normal.
Il fit glisser les bretelles du maillot. Lentement. Très lentement. Le tissu descendit jusqu’à la taille. L’air salé caressa sa peau nue. Elle rouvrit les yeux. La lumière était violente. Elle ne se cacha pas.
Elle se retourna, face à lui. Elle posa ses mains sur les joues de Marc, l’attira vers elle et l’embrassa comme on embrasse quand on a plus rien à prouver. Longuement. Profondément.
Puis elle murmura :
— Allonge-toi. Sur le dos.
Il obéit, sans un mot, sur les galets encore frais. Elle s’agenouilla au-dessus de lui, fit glisser le short de bain de Marc juste assez. Elle ne voulait pas de strip-tease complet. Juste l’essentiel. Juste eux.
Elle remonta son maillot sur ses hanches, s’installa sur lui avec une lenteur presque cérémonielle. Quand il entra en elle, elle laissa échapper un petit cri qu’elle ne chercha pas à retenir. Autour d’eux, le monde continuait. Des gens regardaient, d’autres détournaient les yeux, d’autres souriaient, d’autres faisaient semblant de ne rien voir. Personne ne cria au scandale. Personne ne partit en courant.
Sylvie bougea doucement, les mains posées sur la poitrine de Marc. Elle le regardait dans les yeux. Pas la mer. Pas les autres. Lui.
Et pour la première fois depuis des décennies, elle ne pensa pas « qu’est-ce qu’ils vont penser de moi ? ». Elle pensa seulement :
« Je suis vivante. »
Quand le plaisir arriva, il arriva en silence pour elle, mais son visage le cria pour tout le monde. Elle se pencha, l’embrassa encore, resta longtemps immobile sur lui, leurs souffles mêlés, le soleil qui brûlait leurs épaules.
Après, elle se releva lentement. Remonta son maillot. Ramassa sa robe. Marc se rhabilla à son tour. Ils retournèrent s’asseoir sur leur serviette, côte à côte, sans se presser.
Une femme d’une cinquantaine d’années passa près d’eux, un sourire discret aux lèvres.
— C’était beau, dit-elle simplement avant de continuer son chemin.
Sylvie rougit jusqu’aux oreilles… mais cette fois, elle ne baissa pas les yeux.
Elle posa sa tête sur l’épaule de Marc.
— Tu crois qu’on recommencera ? murmura-t-elle.
Il rit tout bas.
— Ma Sylvie… maintenant que t’as osé une fois, je parie que tu vas vouloir le faire tous les jours.
Elle sourit, un vrai sourire, pas un sourire timide.
— Peut-être pas tous les jours… mais au moins une fois par été.
Et pour la première fois de sa vie, elle n’ajouta pas « si on ose ».
Parce qu’elle savait, désormais, qu’elle oserait.
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