Le petit nouveau

Le petit nouveau

« Dialogues Interdits », série de petites histoires complètes uniquement constituées de dialogues, sans aucune narration ni didascalie.

Écrit par Théo Kosma sur des souvenirs de confidentes, recueillis par Chloé.

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plume-interdite.com

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Le petit nouveau

— Et bim ! D’un coup dans les vestiaires des filles, assis à me changer pile au moment où un groupe arrive. Alors que je me croyais dans les vestiaires des garçons. Le gars qui m’avait fait cette blague avait refermé à clé la porte par où il m’avait fait entrer. J’allais devoir tout traverser pour sortir de l’autre côté.

— Un bizutage ?

— Je suppose. Nouveau dans ce club de rugby, naïf…

— Situation pas du tout enviable ! Une fille seule fait rarement beaucoup de mal. En groupe face à un seul garçon, en plus un tout fin comme tu l’étais… Tu pouvais te faire sacrément malmener.

— Tu connais la stratégie du voleur ? Elle est toute simple : si tu cours, on sait que t’es fautif. Si tu fais comme si de rien n’était, t’as tes chances.

— C’est ce que t’as fait alors ?

— J’ai retiré toutes mes fringues, bien au fond, dans un coin. Bien sûr en me mettant dans une posture laissant pas voir mon appareil. Aucun regard suspicieux.

— Fiouuuu… Couillu.

— J’avais pas tant le choix surtout !

— Y avait pas un fond de perversité ?

— Possible aussi. Ma force : mon androgynie. Deux ans plus tôt à la fin de la gym de ma sœur, je l’accompagnais aux vestiaires et personne disait rien. Pourtant à un âge où c’était en principe déjà plus accepté. Et les copines de ma frangine qui se déshabillaient devant moi en discutant ! Chaque semaine !

— Le pied ?

— Ah tu peux pas imaginer. Moi je gardais l’air placide et mignon, cet air où on vous donnerait le bon dieu sans confession, de celui qui a pas du tout conscience de ce qu’il a devant lui. Alors que j’en perdais pas une miette.

— Là elles savaient que t’étais un garçon.

— Les copines de ma sœur oui ! Les autres pas forcément. Juste, j’avais pas l’air assez mâle et assez voyeur pour qu’elles se posent la question. Et attends, vu que je fais plus jeune que mon âge certaines copines de la frangine étaient carrément attendries ! Genre à venir me faire un bisou, voire un petit câlin ! Chaque soir je louais le ciel de m’avoir façonné cette apparence.

— Que tu cultivais ?

— Même pas besoin.

— Par contre cette fois l’affaire s’annonçait plus serrée.

— Pour sûr ! Mais j’ai pas eu grand-chose à faire. J’étais pas encore entré dans la vraie adolescence, mon sexe était encore celui d’un gamin, un petit truc de rien du tout. À poil, j’ai passé une serviette autour de ma taille et puis comme aux vestiaires des gars je suis allé à la douche.

— Ouch ! Ah oui toi tu fais pas les choses à moitié.

— Les pommeaux coulaient de partout, l’eau chaude formait une sorte de brume. Sous le jet je me suis vite calé l’attirail entre les cuisses, tu vois le genre ?

— Genre derrière, juste sous la raie.

— Voilà. Et j’ai pu me doucher… sans vraiment me doucher. J’ai pas mis de savon, j’ai juste fait mine de me frotter, je crois un bon quart d’heure. J’en pouvais plus de regarder ce spectacle extraordinaire ! Ensuite chemin inverse, je me sèche et me rhabille dans un coin, et je suis ressorti sans le moindre souci. En sifflotant, tout tranquillou, sachant les camarades pas loin, planqués depuis tout ce temps, guettant ma sortie, incrédules.

— Attendant l’instant béni où tu te ferais jeter dehors avec pertes et fracas par une bande de furies !

— Suite à ça j’ai été super respecté au club. On me regardait d’une façon étrange, un peu comme si on avait peur de moi.

— Est-ce que ça t’a donné… des envies ? De récidive.

— Pourquoi se priver ? Je voulais pas que les copains le sachent. La jalousie était telle, ils m’auraient dénoncé. Alors, j’avais d’abord avec eux le vestiaire classique. En prenant tout mon temps… Et une fois seul, je me mettais d’autres habits, que j’avais préparé. Un peu plus féminins. Petit chemisier, pantacourt moulant et nœud dans les cheveux.

— Putain oui, t’étais bien un sacré vicelard. Tu cachais bien ton jeu ! En vrai, t’osais bien plus que n’importe quel mec.

— Et ça fonctionnait à chaque fois. J’avais juste peur qu’on m’adresse la parole, qu’une fille se mette trop près de moi, cherche à devenir une copine. Mais je me la jouais trop « discrète » pour ça.

— Ça a continué jusqu’à quand ?

— Quand je me suis fait une bonne copine… en dehors des vestiaires. La fille des nouveaux voisins. Je savais qu’elle s’était inscrite à la danse et qu’on risquait de se croiser.

— Quel veinard. Et calculateur : avec juste de la chance t’aurais jamais pu voir tout ça. Mais tu disais que t’étais pourtant pas encore dans l’adolescence ? …Avec une libido malgré tout ?

— J’étais absolument fasciné par ces filles nues de dix à seize ans, mais sans être excité sexuellement.

— C’est ce qui t’a sauvé ! Petit sexe ou non, si tu t’étais mis à bander…

— C’est sûr.

— Donc c’était fini.

— J’ai de nouveau profité de mon allure androgyne par la suite ! À un camping hollandais, l’été suivant. Ma sœur et moi on a toujours été complices, elle a accepté que je l’accompagne aux vestiaires de plein air. Cette fois on le savait que j’étais un garçon. Mais personne disait rien. En fait, c’était comme si j’existais pas !

— À la fois profitable et… rabaissant, non ?

— Oui. J’étais le seul garçon du camping qui pouvait faire ça. Les autres mecs étaient jaloux. Et moi j’étais jaloux d’eux, car au moins eux avaient de vraies allures de mâles. J’avais à la fois envie de grandir… et de pas grandir.

— T’aurais pu te la jouer non binaire. Et revendiquer jusqu’à aujourd’hui le fait d’aller dans n’importe quel vestiaire.

— Je pense que ça aurait pu marcher ! Mais mon corps se développait enfin… en même temps que mon orgueil. Je voulais être un mec ! Hétéro, viril, poilu et tout ! À la rentrée j’ai changé, je me suis mis à me muscler, coupe de cheveux plus courts, tout ça. L’an suivant, on est revenus au même endroit… et enfin la roue a tourné : les filles m’ont demandé, gentiment mais fermement, de ne plus venir à leur espace de douches communes, avec ou sans ma sœur. Quelque part ça a été un grand soulagement.

— Bien sûr, tu vas y gagner ! Et la prochaine fois qu’une fille acceptera de se déshabiller en ta présence ce sera pas du tout pour se doucher…

Fin

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Théo_Kosma

Théo_Kosma

Auteur francilien, j’écris sur des thèmes sortant des sentiers battus. Tantôt humoristiques, légers, graves, dramatiques… mais toujours sulfureux. Souvent assez érotiques et crus (voire beaucoup. Yeux chastes s’abstenir). Nombre de toutes ces histoires viennent de Chloé, mon éternelle acolyte, dont je ne compte plus les soirées à entendre les souvenirs passés, parfois d’enfance ou d’adolescence, ou bien me contant ce que ses amies lui ont conté. J’y ai bien sûr ajouté un brin de mise en scène et de fiction. D’autres récits sont totalement fictifs. Tu ne sauras pas lesquels… Grand merci à Chloé pour m’autoriser l’écriture, la transformation et la publication de tout cela. Suivre toute mon actualité littéraire ? Lire un eBook gratuit, découvrir chaque semaine de nouveaux extraits ? Me soutenir ? C'est ici : https://plume-interdite.com

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