
Sylvie veut essayer le dogging
Sylvie, la soixantaine bien entamée, triturait nerveusement le coin de sa serviette en papier pendant que Marc finissait son café. La cuisine était silencieuse, seulement troublée par le tic-tac de l’horloge murale et le ronron discret du frigo. Elle toussota, rougit jusqu’aux oreilles, et murmura presque :
— Marc… j’ai… j’ai pensé à un truc. Un truc un peu… fou.
Marc releva les yeux, intrigué par ce ton hésitant qu’elle prenait rarement.
— Dis-moi, ma chérie. Tu sais que tu peux tout me dire.
Elle baissa les yeux sur la table, les joues en feu.
— Tu te souviens… quand on était plus jeunes, qu’on se garait parfois sur les petites routes de campagne, qu’on… enfin, tu vois. Dans la voiture.
Marc sourit doucement, un souvenir complice lui revenant.
— Comment oublier ? La vieille 205, les vitres qui s’embuaient…
— Oui… Eh bien… j’ai lu des trucs sur Internet. Une pratique qui s’appelle… le dogging.
Elle prononça le mot anglais avec précaution, comme si elle craignait qu’il explose.
Marc haussa un sourcil, amusé mais pas choqué.
— Dogging ? Tu veux dire… faire l’amour dans la voiture, mais… avec des gens qui regardent ?
Sylvie hocha la tête vigoureusement, sans oser le regarder.
— Pas forcément… participer. Juste… être regardés. Ou regarder, peut-être. Je sais pas. C’est bête, hein ? À notre âge… Mais l’idée… ça m’excite un peu. L’idée qu’on soit vus, qu’il y ait ce frisson, ce danger… sans vraiment de danger. Juste nous deux, dans la voiture, la nuit, sur un parking discret… et peut-être quelques silhouettes au loin.
Elle releva enfin les yeux, timide mais déterminée, une lueur nouvelle dans le regard.
— Je sais que je suis pas du genre à… à oser des choses comme ça d’habitude. Mais avec toi… j’ai envie d’essayer. Juste une fois. Pour voir ce que ça fait. Tu… tu trouves ça ridicule ?
Marc posa sa main sur la sienne, chaude, rassurante. Il réfléchit un instant, puis sourit franchement.
— Ridicule ? Non. Audacieux, oui. Très audacieux pour ma petite Sylvie si réservée. Mais… j’avoue que l’idée me plaît aussi. Le côté exhibitionniste soft, le risque calculé, l’adrénaline… Ça pourrait être notre petite aventure. On choisit bien l’endroit, on reste prudents, on fixe nos limites. Et si l’un de nous deux panique, on rentre direct.
Sylvie expira lentement, comme si un poids venait de s’envoler.
— Vraiment ? Tu… tu voudrais bien ?
— Vraiment. Mais à une condition.
— Laquelle ?
— Que tu gardes cette jolie rougeur sur les joues toute la soirée quand on le fera. Ça me rend fou.
Elle rit nerveusement, se cacha le visage dans les mains une seconde, puis se pencha pour l’embrasser doucement.
— Deal. Mais… on commence quand ?
Marc lui fit un clin d’œil.
— Pourquoi pas ce week-end ? Il y a ce vieux parking près de la forêt, celui qu’on prenait parfois… Il est toujours aussi désert le samedi soir.
Sylvie sentit son cœur s’emballer.
— D’accord… Mais promets-moi qu’on éteindra les lumières intérieures… au début, au moins.
— Promis. On ira à ton rythme, ma timide.
Et dans le silence revenu, entre deux gorgées de café refroidi, ils échangèrent un regard chargé d’une complicité nouvelle, d’un petit vertige partagé. À soixante ans passés, ils venaient de s’offrir une nouvelle première fois.
Le samedi soir arriva plus vite que Sylvie ne l’aurait cru. Toute la semaine, elle avait oscillé entre excitation fébrile et petites crises de panique intérieure. Elle s’était surprise à rougir seule dans le miroir de la salle de bain en imaginant la scène, puis à se raisonner : « On peut toujours faire demi-tour, ce n’est pas un contrat signé avec le diable. »
Marc, lui, gardait son calme habituel, mais elle remarquait les petits détails : il avait lavé la voiture le jeudi (intérieur ET extérieur, ce qui ne lui arrivait jamais), il avait changé les ampoules des plafonniers pour des plus discrètes, et il avait même glissé une petite couverture polaire supplémentaire sur la banquette arrière « au cas où on voudrait être un peu plus confortables ».
Le soir venu, ils dînèrent tôt et légèrement. Aucun des deux n’avait très faim. À 21h30, Marc éteignit les lumières de la maison, prit les clés.
— Prête, ma belle ?
Sylvie inspira profondément, attrapa son manteau, noua son écharpe comme un talisman.
— Prête… enfin, je crois.
Ils roulèrent en silence pendant une vingtaine de minutes. La radio diffusait une vieille chanson de Goldman, celle qu’ils écoutaient en boucle lors de leurs premiers rendez-vous. Marc posa sa main sur sa cuisse par moments, un contact simple, rassurant. Elle la serra doucement.
Le parking en question se trouvait au bout d’une petite route forestière, un ancien point de vue sur la vallée qu’on n’utilisait plus guère depuis la construction de l’autoroute voisine. Quelques bancs pourris, un panneau « Propriété privée – Défense d’entrer » à moitié effacé, et surtout : pas de lampadaire. Juste la lune presque pleine ce soir-là, et les phares des rares voitures qui passaient loin sur la nationale.
Marc gara la berline tout au fond, sous les branches basses des sapins, en marche arrière pour pouvoir repartir vite si besoin. Il coupa le moteur. Silence total, seulement le craquement occasionnel des branches sous le vent.
— On laisse les feux de position allumés ou on éteint tout ? demanda-t-il doucement.
Sylvie hésita.
— Éteins tout… mais garde la radio très bas. Juste un peu de lumière du tableau de bord, ça suffira.
Il obéit. L’habitacle devint une bulle sombre, tiède, odorante de cuir vieilli et du parfum qu’elle portait depuis trente ans. Ils restèrent immobiles un long moment, à écouter leur propre respiration.
Puis Sylvie murmura :
— Tu crois qu’il y a déjà quelqu’un ?
Marc jeta un coup d’œil par la lunette arrière.
— Pour l’instant, non. Mais on est samedi… ça peut venir.
Il se tourna vers elle, lui caressa la joue.
— On commence doucement ? Juste des baisers, comme avant ?
Elle hocha la tête, soulagée. Ils s’embrassèrent longtemps, lentement, comme au début de leur histoire. Les mains de Marc glissèrent sous son pull, trouvèrent la peau douce de son ventre, remontèrent. Sylvie frissonna, mais pas de froid.
À un moment, elle ouvrit les yeux et regarda par la vitre latérale.
— Marc… là-bas.
Il suivit son regard. À une quarantaine de mètres, près d’un break garé en biais, deux silhouettes immobiles. Un homme debout, une femme assise sur le capot. Ils ne semblaient pas regarder directement vers eux, mais ils étaient là. Et ils ne partaient pas.
Le cœur de Sylvie fit un bond.
— Ils nous voient ? chuchota-t-elle.
— Peut-être un peu… la lune éclaire pas mal ce soir.
Elle déglutit, puis, dans un élan qu’elle ne s’expliquait pas elle-même, elle déboutonna lentement le haut de son chemisier. Un bouton, puis un deuxième. La dentelle blanche de son soutien-gorge apparut dans la pénombre bleutée.
Marc retint son souffle.
— Sylvie…
— Chut, souffla-t-elle. Laisse-moi faire.
Elle fit glisser les bretelles sur ses épaules, juste assez pour que la lumière froide de la lune caresse la courbe de sa poitrine. Elle se sentait vulnérable, exposée, et en même temps… puissante. Vivante.
Marc l’embrassa dans le cou, descendit vers sa clavicule, puis plus bas. Elle ferma les yeux, mais les rouvrit presque aussitôt pour regarder encore vers les silhouettes lointaines.
Elles n’avaient pas bougé. Au contraire : l’homme s’était rapproché de quelques pas. Pas agressif, juste… curieux. La femme, elle, avait sorti son téléphone, mais semblait hésiter à filmer.
Sylvie sentit une chaleur liquide monter en elle, mélange de honte délicieuse et d’excitation brute.
— Ils regardent, murmura-t-elle contre l’oreille de Marc.
— Oui… et toi, tu aimes ça ?
Elle ne répondit pas avec des mots. Elle attrapa la main de son mari, la guida sous sa jupe, écarta légèrement les cuisses. Quand les doigts de Marc trouvèrent ce qu’ils cherchaient, elle laissa échapper un petit gémissement qu’elle ne chercha même pas à retenir.
Dehors, l’homme fit un pas de plus. Pas plus près, mais assez pour que sa présence devienne réelle, palpable.
Sylvie tourna la tête vers Marc, les yeux brillants.
— On continue ?
Il sourit dans l’obscurité, un sourire un peu sauvage qu’elle ne lui connaissait presque plus.
— Tant que tu veux, ma timide.
Et ils continuèrent.
Lentement.
Sans hâte.
Sous les regards invisibles mais bien présents.
Juste eux deux, soixante ans et des poussières, redécouvrant le goût du risque et du désir à l’état brut, dans une vieille berline garée au bord d’un bois oublié.
La tension dans l’habitacle était devenue électrique, presque palpable. Sylvie, le chemisier ouvert jusqu’au nombril, la jupe relevée sur les hanches, sentait son pouls battre jusque dans ses tempes. Les doigts de Marc allaient et venaient en elle avec une assurance nouvelle, plus ferme, plus insistante. Elle se cambrait contre sa main, les cuisses tremblantes, un gémissement rauque lui échappant sans qu’elle puisse le retenir.
Dehors, l’homme s’était encore approché – une quinzaine de mètres maintenant. Il ne faisait plus semblant de regarder ailleurs. Sa silhouette se découpait nettement sous la lune : grand, manteau sombre, immobile comme un spectateur de théâtre. La femme l’avait rejoint ; elle se tenait légèrement en retrait, une main sur son épaule, l’autre glissée dans sa propre poche – ou peut-être sous son manteau, difficile à dire.
Sylvie croisa son regard – ou du moins, elle crut le faire. Dans l’obscurité, c’était plus une impression qu’une certitude, mais ça suffit. Elle sentit une vague de chaleur l’envahir, brutale, presque violente.
— Marc… ils sont plus près, haleta-t-elle.
Il releva la tête, vit la même chose. Au lieu de ralentir, il accéléra le rythme de sa main, le pouce pressant exactement là où elle en avait besoin.
— Tu veux qu’on arrête ? murmura-t-il contre sa gorge, la voix basse, rauque.
Elle secoua la tête, les yeux brillants.
— Non… je veux… je veux qu’ils voient plus.
Les mots sortirent d’eux-mêmes, crus, sans filtre. Elle n’était plus la Sylvie timide de la cuisine. Elle était une autre femme, affamée, audacieuse.
Marc comprit. Il retira sa main le temps de défaire sa ceinture, de baisser sa braguette. Sylvie l’aida, impatiente, ses doigts tremblants mais déterminés. Quand elle le libéra, dur et brûlant dans sa paume, elle le serra un instant, le caressa lentement, les yeux rivés sur les ombres dehors.
Puis elle se hissa sur lui, à califourchon sur le siège passager qu’il avait reculé au maximum. La jupe remontée jusqu’à la taille, la culotte écartée sur le côté, elle se laissa descendre sur lui d’un mouvement fluide, profond. Un cri étouffé lui échappa – mélange de plaisir et de choc face à sa propre audace.
Ils bougèrent ensemble, d’abord lentement, puis plus fort, plus vite. La voiture tanguait légèrement à chaque coup de reins. Les vitres s’embuaient complètement maintenant, mais par endroits, la condensation laissait des clairières translucides. Assez pour qu’on voie – assez pour qu’on devine.
Sylvie, les mains appuyées sur les épaules de Marc, se cambrait en arrière, offrant sa poitrine nue à la lumière lunaire qui filtrait à travers le pare-brise. Ses seins lourds, marqués par les ans mais encore beaux, ballottaient au rythme de leurs mouvements. Elle ne se cachait plus. Au contraire : elle se montrait.
Dehors, l’homme avait sorti son sexe. Il se caressait lentement, sans hâte, le regard fixé sur eux. La femme, à ses côtés, avait relevé son propre manteau ; sa main disparaissait entre ses cuisses. Ils ne parlaient pas, ne s’approchaient pas plus – ils respectaient la distance invisible, mais leur présence était devenue indéniable, pesante, excitante.
Sylvie sentit l’orgasme monter, rapide, presque douloureux. Elle accéléra, claquant ses hanches contre celles de Marc, les ongles enfoncés dans ses épaules.
— Regarde-les… regarde ce qu’ils font pour nous… gémit-elle.
Marc grogna, les mains sur ses fesses, la guidant, la forçant plus profond.
— Viens, Sylvie… viens fort… montre-leur comme tu jouis.
Elle explosa presque aussitôt – un cri long, animal, qu’elle ne chercha même pas à étouffer. Son corps se contracta autour de lui, spasmes violents, tête rejetée en arrière, bouche ouverte. Marc la suivit de près, se vidant en elle avec un râle sourd, les hanches secouées de tremblements.
Ils restèrent immobiles un long moment, haletants, collés l’un à l’autre, la sueur perlant sur leurs peaux. Dehors, les silhouettes s’étaient figées elles aussi, comme en attente. Puis l’homme rangea lentement son sexe, fit un petit signe de tête – presque poli – et la femme et lui s’éloignèrent vers leur break, sans un mot, sans un geste brusque.
La voiture redevint silencieuse. Seulement leurs respirations, le tic-tac lointain d’un moteur qui refroidit, et le vent dans les sapins.
Sylvie, encore empalée sur Marc, posa son front contre le sien.
— On… on l’a vraiment fait, murmura-t-elle, la voix cassée.
Il l’embrassa doucement sur les lèvres, un baiser tendre après la sauvagerie.
— Oui. Et tu étais magnifique. Putain de magnifique.
Elle rit faiblement, un rire nerveux, épuisé, heureux.
— On recommence quand ?
Marc sourit dans le noir.
— Quand tu voudras, ma sauvage. Mais la prochaine fois… peut-être qu’on les laissera s’approcher un peu plus.
Sylvie ne répondit pas tout de suite. Elle se contenta de resserrer ses cuisses autour de lui, de le garder en elle encore un peu.
Dehors, la lune continuait de briller, indifférente.
Et dans cette vieille berline garée au bord du bois, deux sexagénaires venaient de franchir une ligne qu’ils n’auraient jamais imaginé franchir – et ils savaient déjà qu’ils n’en avaient pas fini avec elle.
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