Course à pied

La course à pied

Je cours. Plusieurs fois par semaine. 2 ou 3 fois par semaine. Une heure au minimum. Pourquoi je cours ? Je cours. Pourquoi je cours ? Je l’ignore. Dépassement de soi ? Exploration de ses propres limites ? Certainement pas. Je laisse toutes ces conneries pour tous les autres. Non, je me suis mis à courir par hasard.

 

Sur mon canapé,il y a quelques mois. Je faisais la sieste comme à chaque début d’après midi. La télé m’endort. En me réveillant, la télé, forcément, fonctionnait encore. Il était question d’un documentaire qui se déroulait au Malawi, petit Etat Africain sans histoire. Le documentaire était centré sur une jeune femme qui rêvait de participer aux Jeux Olympiques en devenant la 1ère femme du Malawi à disputer l’épreuve reine du Marathon en l’honneur de son petit pays. La jeune femme courait tous les jours à l’abri de la plus haute montagne du Malawi. Et quand elle ne courait pas, elle s’occupait de son fils et de sa maison.

 

Sans argent, elle recevait ses équipements de gens bienveillants autour d’elle qui l’encourageaient dans sa quête de performance. Je ne me rappelle plus du tout du nom de cette jeune femme. Mais son exaltation m’a touché. Et quelque part ouvert les yeux. Du coup, j’ai eu, à mon tour, envie d’essayer. De courir. Sauf qu’autour de chez moi, rien n’est plat. Les routes montent ou descendent. Tout ça pour dire que mes débuts ont été très compliqués et ma progression très lente. Ça a duré des semaines, des mois… Puis au bout d’un moment, je suis parvenu à courir près d’une heure sans m’arrêter.

 

Et j’ai repensé à cette jeune femme du Malawi. Durant le fameux reportage, elle expliquait que courir la guérissait de tous les maux. Elle avait mal à la tête, elle courait. Mal au ventre. Elle courait. Elle avait le palud. Elle courait. Et se sentait mieux directement. Le palud, oui… Elle guérissait le palud en courant. Et moi, lorsque je grimpais mes côtes bitumées, je pensais à cette jeune femme. Qui courait presque sans rien.

 

Au cours de mes nombreuses sorties, je remarquais tout un tas de choses qu’on ne voit pas forcément en voiture. Je remarquais notamment la saleté des bas-côtés de nos routes. Une saleté consécutive à notre manque de savoir vivre collectif. Je remarquais également la beauté nouvelle de certains paysages, des maisons au loin, des arbres. J’avais trois ou quatre parcours différents. Suivant les distances ou les difficultés. Des parcours différents que j’empruntais suivant mon état de forme.

 

On parle souvent d’endorphine, lorsqu’il est question de course. L’endorphine est une substance que notre cerveau sécrète lorsque l’effort est long et continu. Une sorte d’euphorisant naturel après lequel on… court justement. Je n’y ai jamais trop cru à cette histoire d’endorphine car le seul moment où je prends réellement du plaisir c’est lorsque je suis sous la douche, après l’effort. Alors, cette histoire d’endorphine, j’y crois pas trop.

 

Une belle coureuse

Au cours de mes sorties, j’ai eu l’occasion de croiser une coureuse. Elle devait habiter à 2 kilomètres de chez moi. Au fur et à mesure j’avais noté ses propres habitudes de sorties et à la fin, je faisais en sorte de faire coïncider mes sorties avec les siennes. Nos échanges se sont limités, pendant longtemps, à de simples sourires. Polis. Puis, nous avons échangé quelques foulées, et toujours sans rien dire, je crois que nous nous arrangions pour courir ensemble. Pendant longtemps, nous n’avons rien échangé sinon ces foulées et de nombreux sourires.

 

Un jour je lui ai dit, « moi, c’est Chris ». « Salut, moi, c’est Chris, aussi ». Christophe pour moi, Christine pour elle. En me renseignant autour de moi, j’ai appris que son mari était pilote d’avion chez Air France et qu’elle était une ancienne hôtesse de l’air qui avait arrêté de travailler. Elle avait 2 jeunes enfants.

 

Sa foulée était fluide, ample et régulière. Elle courait souvent en legging bleu azur. Une veste rose ou orange pour le haut, histoire de bien être vue par les automobilistes. Me concernant, je portais des tenues, disons, plus excentriques. Moins conventionnelles. Nos courses partagées ont duré des semaines, des mois. Son parcours se terminait 2 kms avant le mien. Je finissais à chaque fois en espérant le revoir la prochaine fois.

 

Un jour, au moment de bifurquer sur le chemin de sa maison, elle m’a pris la main. Sans rien dire. Elle m’a conduit chez elle. Jusqu’à la salle de bain. Nous nous sommes douchés. Toujours sans échanger de mot. Nous avons fait l’amour. Intensément. Incroyablement. Ce fût certainement l’une de mes plus belles fois. J’en ai encore des frissons rien qu’en y songeant.

 

Nous nous sommes revus pour courir uniquement, nos échanges verbaux étaient réduits à leur strict minimum. Puis un jour, puis un autre, je ne l’ai plus croisée. Puis un jour, un panneau « A vendre » a été installé devant sa maison. Depuis, je n’ai aucune nouvelle d’elle. Restent les souvenirs de foulées et de sourires échangés et cette douche…

Nouvelle érotique parue dans l'Agenda Stephanois n°523.

#pieds

 

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