
Au bout de mes doigts (texte inédit)
Publié le 6/3/2025
J’ai au bout de mes doigts la mémoire de mes vies passées. Je sens le souffle chaud du premier baiser de ma mère. Je vide mes poumons dans un cri sublime. J’empêche le monde de dormir. De mon berceau de verre, j’arrose la chambre de bonheur.
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Créer un compteJe suis le figuier. Mon ombre abrite ma fille essoufflée de sa course au retour de la rivière. Mes fruits font couler de son menton leur jus violacé. Mes racines portent les récits des étés. Je suis centenaire.
Je suis le soleil neuf. Je pointe le bout de ses cils. Bien haut dans mon ciel, une lueur scintille, un battement d’ailes persiste, une force, un élan, une joie irrésistible.
Je suis la langue. Je mets le cap plein sud depuis ton nombril. Je me pose sur cette cambrure qui me fait de l’œil. Je suis à la recherche de la flamme en toi, celle qui fera grandir le foyer de ton brasier, indécente audace. Je viens à la rencontre de ta géographie. Je révèle des saveurs à l’intensité renversante. Ma bouche te parle avant mes mots. Jusqu’à quel point vais-je te faire ouvrir les cuisses ?
Je suis la marée. J’anime les vagues, elles traversent ton corps à l’aube. L’électricité traverse l’écume.
Je suis le grain de peau. Je murmure « bientôt ». Je me mets en quête d’écouter ce que ton corps veut me raconter.
Je suis la paume. Je caresse ce voile de tissu léger recouvrant ton corps. Je créé des dessins peau à peau. Je me glisse dans ta chevelure de brune incendiaire. Je ne pousse rien, vogue et suis ton désir.
Je suis le jeu. Ton regard sur moi me pousse à me montrer plus encore. Oser l’audace. Je libère ta puissance animale tapie dans l’ombre de la nuit. Mon goût du jeu me conduit à transgresser nos frontières.
Je suis le trouble dans ton regard, le trouble dans ta voix. L’impudeur dans la pudeur.
Je suis le feu nourricier, le feu ardent, le feu guérisseur, ton allié. Ta peau est ma source.
Je suis la boussole et je suis la citadelle.