
Trivial Trièves
Publié le 5/22/2025
Trivial Trièves
1
Prélude
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Juste avant la tombée de la nuit, j'arrivais enfin au gîte d'étape. Je pris le temps de m'adosser à l'abri de l'humidité, sur la terrasse, le doux du bois sous mes paumes. En face, le mont Aiguille embrouillait mes repères, la silhouette jumelle semblait tout droit venue de l’ouest américain.
Une cigarette. Je me contorsionnai pour attraper le paquet rangé dans une poche latérale.
- Besoin d'aide ?
La voix me fit sursauter, je n'avais pas entendu arriver son propriétaire.
- Ah bonsoir, oui, je veux bien en fait. Mes cigarettes devraient se trouver sur une des poches de côté.
- C'est ta récompense après l'effort ?
Je ne répondis pas. Je n'avais plus l’énergie d'être mordante.
Il attrapa mes épaules pour me faire pivoter et je ne sus si c'était à cause de ses mains sur moi ou du silence entourant ce moment, mais je fus brièvement troublée. Il se planta devant moi et me tendit mes Vogues.
- Merci !
- Plaisir !
Un éclair de malice traversa son regard.
- Je te laisse profiter de la vue.
L'or cascadait sur la falaise orientale du massif. Ça irradiait. Une clochette tinta trois fois. J'entendis une cavalcade de pas dévaler des escaliers à l'intérieur. Il était temps d'interrompre ma contemplation et de me joindre au bruit du monde.
Après avoir déposé rapidement mon sac et enfilé des baskets confortables, j'entrai dans une grande salle. Poutres de bois sombre, cheminée ouverte d'où s'échappaient des fumets appétissants, brouhaha de conversations jouant au ping-pong autour de grandes tablées. Sans mes lunettes, je peinais à repérer une place libre et ce fut une voix joviale qui me guida, précisément à côté de celui qui m'avait aidée sur la terrasse.
A l’apéritif local se succédèrent des plats réconfortants. Les pichets de vin étaient remplis dès qu’ils étaient vides, les voix s’amplifiaient dans la salle-à-manger dont la température grimpait. Les conversations autour de moi ne m’accrochaient pas. Je flottais entre l’acidulé des myrtilles que je laissais rouler sous mon palais et la visualisation de mon parcours de la journée qui m’avait obligée à puiser dans mes réserves.
- Tu veux goûter ?
Je sentis une main chaude sur mon avant-bras. Mon voisin de table me tendait une bouteille au contenant ambré.
- C’est Milou qui fait cette liqueur d’orange. Vraiment, je te la recommande.
Sans attendre ma réponse, il en versa une bonne dose dans mon verre. Je commençai par sentir, l’amertume de l’agrume, atténué par quelque chose de sucré, du miel peut-être. Je le portai à mes lèvres et je sentis des bulles éclater dans ma bouche. Savoureux.
- Moi c’est Nilton, et toi ?
- Original, ça vient d’où ?
- Un chanteur portugais dont ma mère était fan, répondit-il en riant.
- Ah, jamais entendu parler, ponctuais-je u peu moqueuse.
- Tu ne veux pas me dire comment tu t’appelles ?
- Si, pardon.
Je m’étais légèrement perdue dans son regard délavé.
- Louisa.
Des clappements de mains retentirent et le silence se fit. Un grand moustachu se positionna sur l’avancée de la cheminée.
- On démarre le grand trivial de la soirée dans quinze minutes ! Il n’y pas d’excuses pour ne pas participer. C’est un trivial revisité, ça plaira à tout le monde, enfin, les adultes bien sûr. Les enfants, vous avez au sous-sol une salle de jeux aménagée.
Je m’éclipsai sur la terrasse pour une nouvelle cigarette. Le temps de sortir mon briquet de la poche de mon jean, j’entendis la baie vitrée coulisser.
- Tu crois peut-être échapper au jeu ?
Milou le moustachu, avait légèrement penché la tête. Décidément, je n’arriverai pas à être tranquille ce soir.
Attenante à la grande salle, un salon confortable réunissait les hôtes. Des fauteuils clubs et de larges canapés en cuir étaient disposés autour d’une table ovale. Milou énonça rapidement les règles, trouver son binôme, prendre place, c’est lui qui énoncerait les questions, la couleur serait choisie par le binôme précédent dans le tour de jeu. Les catégories n’étaient pas celles que je connaissais. Mots rares, Traditions spirituelles, Breuvages, Plantes médicinales, Blind test musical et Histoire de la littérature érotique.
Vraiment ? J’avais du mal à contenir le rire qui montait en moi, mélange d’incongruité et de nervosité. Quelques commentaires bavards fusèrent, Milou laissa faire, le temps d’absorber l’effet de surprise. Les tandems se formèrent, et je sentis une main me saisir. Nilton me souriait sans mot dire.
Je me dis qu’il valait mieux ne pas opposer de résistance. Plus vite nous commencerions la partie, plus vite elle serait terminée et je pourrai rejoindre mon lit. Milou activa une roue posée au centre de la table, l’aiguille s’arrêta sur une première équipe, composée de deux femmes d’une trentaine d’années.
- Bien ! Puisque c’est la première question, je décide que ce sera une question de botanique ! Prêtes ? Quelle est la vertu du Gingko Biloba ?
Je jetai un coup d’œil autour de moi. Des yeux au plafond, des sourires aux coins des lèvres. Un homme d’un certain âge affichait un air de contentement, il connaissait manifestement la réponse.
Milou avait déclenché un sablier.
- Ben, c’est que… le gingko c’est plutôt un arbre de l’Asie non ? dit la rousse.
Les deux jeunes femmes se chuchotaient à l’oreille.
- Bon, on va dire que c’est bon pour les problèmes d’articulation ? Vu qu’on en souffre là !
Milou sourit.
- Et non, mais c’est bien essayé.
Il fut interrompu par le sénior.
- Je sais ! je sais !
Il ressemblait à un écolier.
- Ok René, vas-y, ça ne me surprend pas que tu connaisses la réponse !
- C’est pour, comment dire, je ne voudrais pas choquer l’assemblée, c’est pour… oui… euh… aider les messieurs à retrouver de la vigueur.
- Bien, bien, en effet, je ne te savais pas si prude, mais ta réponse est juste !
Quelques questions anecdotiques et drôles s’ensuivirent. Notre tour arriva trop vite à mon goût. Le binôme qui nous précédait avait choisi notre thème, Mots rares.
- Ce mot nous éclaire doublement, il nous révèle ce qui étincelle par sa lumière aux yeux de celui ou de celle qui regarde.
Un mot rare. Autant dire que ce qui me venait à l’esprit ne risquait pas de faire mouche. Et dans le regard de Nilton, je ne voyais pas l’éclat de la gagne ! Nous étions tous les deux muets, cherchant dans le regard de l’autre la révélation. Le sablier s’emballa.
- Time’s out ! Alors, pas de proposition ? La bonne réponse était coruscant !
Nilton esquissa une mimique assez attendrissante. Je commençai à le trouver assez charmant. Il se pencha vers moi, chuchota :
- On ne s’en est pas si mal sortis… attends de voir les questions de littérature érotique.
Manifestement, c’était un habitué des lieux. Il ajouta d’une voix plus claire,
- Alors pour les suivants, la question tant attendue, histoire de la littérature érotique !
Milou se racla la gorge pour ramener l’attention à lui.
- Quelle célèbre œuvre berbère a attiré l’attention de Maupassant, en raison de ses gravures particulièrement impudiques ?
De nouveau, un grand silence. Je me demandais d’où l’idée de cette adaptation du jeu était venue à Milou, mais il était clair qu’il ne manquait pas de ressources. J’essayais d’imaginer à quoi pouvaient bien ressembler ces dessins impudiques. Cet effort d’imagination me mettait le rouge aux joues. Je sentis le regard appuyé de Nilton sur moi. Puis, à ma grande surprise, nos voisins s’exclamèrent :
- Le jardin parfumé !
Milou s’extasia sur cette bonne réponse. Il apporta des précisions sur ce manuel d’érotologie qu’il nous invitait à découvrir plus tard sur les rayonnages de la bibliothèque du salon.
- Vous y trouverez des anecdotes réjouissantes allant de postures inédites à des recettes aphrodisiaques. Quant aux lithographies, elles sont… bref, je vous laisserai en juger par vous-mêmes.
Il avait piqué ma curiosité. J’avais hâte que la partie se termine, que le salon se vide, et je me plairai à emporter ce livre dans ma couche pour pimenter le début de ma nuit. Après un temps qui me parut interminable, la partie fut enfin déclarée achevée. Je trainais nonchalamment. Milou m’avait captée. Toutefois, il s’éclipsa. Je me dirigeai vers la bibliothèque et constatai le classement alphabétique. Je trouvai donc facilement Le jardin parfumé. Je venais d’ouvrir un page au hasard lorsque la voix de Nilton me cueillit en me faisant sursauter.
- Je me doutais que je te trouverai là ! Moi aussi j’ai terriblement envie de voir à quoi ça ressemble ! Tu partages ?
Je le trouvais un peu culotté, et en même temps je comprenais que ça l’avait titillé lui aussi. Nous nous calâmes donc chacun dans un fauteuil, côte à côte. Je rouvris là où j’avais laissé mon index. La lithographie mettait en scène une femme aux courbes voluptueuses entourée de sept femmes qui s’affairaient à lui procurer des caresses attentives, l’un d’elles entre ses cuisses. Objet de toutes les attentions, elle regardait intensément l’une des femmes qui lui soutenait la nuque. Je sentis un feu crépiter au creux de mon ventre.
- Et bien, en effet, ça donne des idées ! murmura Nilton.
- Euh, oui… elle semble comblée.
- Je la comprends… tu, tu aimerais toi ?
J’hésitai. Je souris.
- Je crois que je préfèrerais un peu de mixité.
- Ha, je vois…
Il frôla mon poignet posé sur l’accoudoir entre nous. Ce bref contact me galvanisa. Après cette journée d’effort, il était très tentant de juste laisser faire cette invitation au plaisir à portée de mains. Je tournai la tête vers son torse, me penchai vers son lobe.
- Et si…
2
Largo
Après que j’aie prononcé cette phrase suspendue, nous trouvâmes refuge plus près de l’âtre. De hautes flammes léchaient les bûches que Milou avait disposées avant de s’éclipser. Nos pulls à nos pieds, nous continuions à vagabonder de dessin en dessin, découvrant des compositions suggestives, lascives, ces corps charnus loin des injonctions actuelles à la maigreur désossée, des corps généreux.
Nous ponctuions nos découvertes de soupirs, d’exclamations tantôt espiègles, tantôt envieuses et avides. Parfois, nos doigts se frôlaient sur la page, rosissant nos pommettes. Dans cet implicite partagé, aucun de nous ne semblait vouloir interrompre ce plaisir de flirter avec la naissance du désir.
Nilton s’enfonça dans l’assise de la méridienne. Sa main vint reposer derrière ma tête, côtoyant ma nuque laissée libre par le chignon ébouriffé avec lequel j’avais relevé mes cheveux à la hâte. Je ne voyais plus vraiment ce qu’offrait Le jardin parfumé. Mes pensées convergeaient vers la sensation de ce point de contact entre nos deux corps étrangers. Désireuse de lui adresser un signal d’encouragement, j’étirai ma jambe jusqu’à sentir ma cheville s’aimanter à la sienne. La réception de ce message ne se fit pas attendre. Il fit glisser ses doigts de mon cou à mon épaule, pianotant des notes imaginaires dont l’harmonie me fit tendre le buste. Je soulevai une main pour encercler son poignet, y déposai mes lèvres.
- Tu es sur la bonne voie, lui dis-je.
Six mots minuscules à partir desquels nous glissâmes dans une atmosphère sensuelle, à l’image des lithographies que nous examinions depuis un moment. Il se leva, attrapa mes chevilles pour m’approcher du rebord de la méridienne, s’assurant dans mon regard que ce qu’il entreprenait récoltait mon accord. Je sentais dans son toucher la fermeté autant que la douceur, promesse d’une dextérité à laquelle j’allais succomber sans retenue. Il murmura
- Je vais m’occuper de ton cas, tu veux bien ?
J’acquiesçais, nul doute que la gourmandise, qu’il avait soigneusement éveillée depuis le premier contact sur le balcon, transparaissait dans mes yeux, plantés dans les siens. Il caressa d’abord mes lèvres de la pulpe de ses doigts, lentement, sans lâcher mon regard. Il s’approcha, souleva à peine mon t-shirt, déposa juste au-dessous de mon nombril sa bouche chaude, fit glisser sa langue jusqu’à mon plexus, redescendit en dessous-cette fois de l’ombilic. Il suspendit son exploration pour reprendre son souffle.
- Ta peau a encore le sel de l’effort, j’aime.
J’avais envie de me joindre à ses pérégrinations. Je posai les mains de chaque côté de ses cuisses et entrepris de sculpter ses jambes jusqu’à ses genoux. Je les contournai pour rejoindre ses mollets, savourant la tension de ses muscles. Avide de le goûter, j’approchai ma bouche de la sienne, entrouvris à peine ses lèvres et de ma langue caressante, je glissais sur l’intérieur de ses commissures. J’aimais qu’il ne fermât pas les yeux. J’avais besoin de son regard pour que l’envie gravisse encore des sommets. Je me reculai pour lui dire,
- Ta bouche a encore la saveur de l’orange, ça m’enivre.
3
Moderato
Sur nos langues se mélangeaient les saveurs de la liqueur concoctée par Milou. Nous jouions à dessiner des tracés avec nos langues. Je me plaisais à l’imaginer comme l’ébauche de ce que nous allions entreprendre plus tard, sur d’autres parties de notre anatomie. Dans nos regards, ce mélange de fièvre et d’amusement. Je pensais précisément au roman que je retrouvais le soir aux étapes successives de cette escapade automnale. « Le corps est un instrument subtil. Il faut que tu l’accordes à l’autre, le son devient parfait. » Comme Mody, j’étais tout entière tournée vers la quête du frisson, jusqu’à ce moment où nous nous pâmerions ensemble.
J’écartai mes cuisses et avançai mon bassin pour m’approcher un peu plus de lui. J’enlaçai une de ses jambes pour en sentir la chaleur au sommet des miennes. Il s’appuya un peu plus contre moi, imprimant quelques doux mouvements contre ma vulve. Ça palpitait, juste là. Il descendit de ma bouche à mon cou, sa langue douce, légère. Il alterna douceur et espièglerie en me mordillant gentiment.
- Dis-moi si tu aimes.
J’approchai de son oreille et soufflai
- Terriblement.
Je soulevai mes hanches, posant une main sur sa joue. Comme cette barbe douce dans la paume de ma main me donnait envie qu’elle vienne me caresser tout le corps. J’imprimai un mouvement sans équivoque jusqu’à ce qu’il se risque à descendre lentement. Je m’allongeai sur le dos pour profiter de son audace. Ses baisers déposaient du feu partout où ils se posaient, ces baisers qui cheminèrent au creux de mon épaule, sur mes ailes, gauche, droite, longuement.
Féline, je l’encourageai de soupirs d’allégresse. Il revenait sans cesse poser ses yeux dans les miens, il avait bien compris que c’était un puissant exhausteur pour moi. Il embrassa mon ventre, et même si j’avais quelques complexes bien accrochés à me laisser regarder là où mon corps avait perdu de son élasticité passée, son sourire m’invitait à les faire reculer et profiter de son toucher tendre et sensuel. Il profita de cette pause pour faire sauter le bouton de mon jean et je l’accompagnai pour le faire descendre jusqu’aux genoux.
Sa langue glissa, dévala mes pentes, de chaque côté de l’aine, remonta, semblait ne jamais vouloir se lasser de m’explorer. Même si je brûlais que sa bouche vienne aborder mon sexe, je me réjouissais qu’il prenne tout son temps. Même si je brûlais de le toucher lui, de prendre la mesure de son sexe entre mes doigts, d’en découvrir la saveur, je me réjouissais des sensations qu’il m’offrait avec tant de créativité. De sa bouche, il jouait merveilleusement bien d’alternances entre la fermeté de ses lèvres, la tiédeur de sa langue, le mordant de sa mâchoire.
Des rires sonores résonnèrent de l’autre côté du salon. Des voix semblèrent se rapprocher à une vitesse vertigineuse. Nilton remonta mon jean à la hâte et bondit pour me rejoindre tandis que je m’asseyais promptement.
4
Une petite bande joyeuse d’hôtes pénétrèrent dans le salon en riant.
- Oups, on ne savait pas qu’il y a avait quelqu’un ! Désolé !
Désolé…Ils avaient interrompu le plaisir que je prenais entre les lèvres de Nilton ! J’étais entre le feu du ravissement diffusant encore des ondes profondes dans mon ventre et l’irritation de leur présence indésirable, et cette combinaison me mettait le feu aux joues.
- Oh super, le feu brûle encore.
Je sentis le regard de Nilton sur moi.
- En effet, nous l’entretenons sérieusement avec Louisa, dit-il de sa voix grave.
- On peut se joindre à vous ? demanda l’une des filles.
- On était sur le point d’aller se coucher, on vous laisse profiter.
Je n’avais pas pris le temps de consulter mon partenaire. J’étais décidée à reprendre au plus vite nos explorations. Je saisis sa main et l’entraînais vers le corridor plongé dans la pénombre. Il glissa sa main au creux de mes hanches en se penchant vers mon cou.
- Mmm, serais-tu impatiente de retrouver ma bouche ?
- Carrément !
Ça m’avait échappé dans une voix légèrement trop haut perchée. J’étais en train de totalement lâcher prise.
- Parfait, tu es sous mon contrôle. J’aime ça.
Tandis que nous avancions vers l’escalier, je glissai ma main sur le rebondi de ses fesses, le pinçant gentiment, lui signifiant ainsi que je n’étais pas dupe, lui aussi était sous mon contrôle. Il me précéda. A mi-hauteur, il fit volte-face. Il me surplombait. Il tendit sa main vers moi et joua brièvement de son pouce avec ma lèvre inférieure.
- Je veux que tu saches qu’une fois dans ma chambre, je te veux totalement.
Je mordillai légèrement son pouce avant de répondre,
- Je peux être très sage, comme très indocile, tout dépend.
Je vis ses sourcils se relever en même temps qu’un sourire amusé.
- Vraiment ? On va voir ça alors.
Il reprit l’ascension qui me sembla interminable, Milou l’avait installé au dernier étage. Je découvris qu’il n’y avait qu’une seule porte sur le pallier, tant mieux, nous serions tranquilles.
La porte s’ouvrit sur une grande pièce. Je remarquai avec surprise une cheminée. Un paravent à la droite du lit laissait entrevoir une baignoire ancienne. Confort absolu et de nombreuses possibilités en perspective. Me dirigeant vers l’âtre, je commandai Déshabille-toi Nilton.
Je ne me retournai pas pour vérifier, je m’occupai de disposer le petit bois qui ferait démarrer le feu et préparai quelques bûches. Les craquements des étincelles ne se firent pas attendre, et déjà l’odeur âcre vint réchauffer mes narines. Toujours sans me retourner, je lui intimai Assieds-toi sur le fauteuil. Il ne m‘avait pas échappé ce joli fauteuil recouvert d’un tissu aux couleurs paon.
Assis, il était totalement nu. Je pris un long moment pour parcourir son corps du regard. Un corps encore hâlé de l’été, des épaules rassurantes, des courbes généreuses accrochées sur ses hanches, des frissons déjà sur son torse qui avaient dressé ses mamelons sombres, ses cuisses resserrées qui ne dissimulaient pas entièrement son sexe encore timide et la forêt épurée de son bas-ventre. Ouvre tes cuisses pour moi. Je sentis sa retenue. Arrête de réfléchir. Ouvre tes cuisses pour moi.
Il entrouvrit à peine ses jambes. Plus grand. Sa queue tressauta. Ravie, je constatai qu’elle se redressait. Bien.
Je m’approchai alors lentement de lui et le contournai pour être dans son dos. Il esquissa un mouvement de tête. Ne te retourne pas. Je défis le foulard qui me servait de ceinture. Le glissement de l’étoffe fit naître un son froissé en osmose avec le soulèvement de sa respiration qui s’accélérait. J’enroulais le tissu de soie en torsade. Je le posai délicatement sur ses yeux avant de le nouer fermement. Je caressai ses épaules un bref instant, en profitai pour m’approcher de son oreille que je sentais aux aguets Caresse-toi.
5
Presto
Son hésitation faiblissait sous ses caresses minutieuses. Lentement, il imprimait des mouvements alternant glisse et torsions. Les veines se gonflaient, telles des voiles une nuit de sirocco. J’aime te voir nu. Je m’approchai encore, mon souffle à portée de sa nuque. Sur sa peau, les doux reliefs de ses frissons.
J’avais terriblement envie de me joindre à ses mains, d’inviter ma bouche à cette chorégraphie envoûtante. Le silence amplifia le son du bouton de mon jean que je défis. Oh, tu te déshabilles, murmura -il. Le coton de mon t-shirt émit un froissement lorsqu’il remonta le long de mes cheveux. La perte d’un sens devait amplifier son ouïe, j’aimais à le croire.
Tandis que je contournai le fauteuil pour lui faire face, j’attrapai au vol un flacon abandonné sur la table de chevet. De l’huile d’amande douce. Parfait. Je dévissai le bouchon. Je fis s’échapper au-dessus de ses mains un mince filet de l’élixir. Son sexe tressaillit. Il étincela bientôt de toutes parts. Ses doigts visqueux émettaient maintenant une petite musique excitante.
Tu me rejoins bientôt ? Sa voix était plus grave, une supplique. Ça devient difficile de rester spectatrice. Je pris le temps de m’approcher, avec pour seule réponse le craquement des planches sous mes pieds. Oui… Tu arrives. Son excitation était telle qu’il se mit à prononcer ses directives. Viens sur moi. Viens que je vérifie l’effet que t’a donné ce spectacle.
Le surplombant, je guidai sa main libre jusqu’à l’intérieur de mes cuisses. Mmm, il n’y avait pas besoin de cette huile, tu ruisselles. Il passa sa langue sur ses doigts, avec une indécence torride. Ces épices, ça me rend dingue. Son visage relevé vers moi, malgré ses yeux toujours sous le foulard, je sentais son désir jusque sur la pulpe bombée de ses lèvres. Je viens les caresser de ma langue. Il mordilla gentiment le coin de ma bouche. Un gémissement. Comme je le voulais maintenant. Nous étions montés à sa chambre sans rien d’autre que le feu de notre envie interrompue par les intrus du salon. Tu as des préservatifs ici ? Il m’indiqua que je trouverai le nécessaire dans sa trousse de toilettes.
Ne bouge pas, prévins-je rassurante. Je me hâtais, pas question de laisser chuter la température ambiante. De retour, je constatai qu’il n’avait pas seulement repris ses caresses, mais aussi qu’il avait accéléré le tempo. Je le rejoignis en déposant des baisers à l’intérieur de ses genoux. Ce fut à son tour de laisser échapper un gémissement de plaisir. Tu es terrible Louisa, c’est de la torture. J’escaladai le chemin de ses veines saphènes, sa peau volcan sous mes lèvres.
Ma langue se mêla à ses doigts. Il abandonna ses mains et agrippa les accoudoirs. Je tenais enfin l’objet de ma convoitise au bout de ma langue. Je me fis féline, lapant sa queue tendue à l’extrême, assumant pleinement ce qui avait coulé dans mes veines ces dernières heures. Vertigineuses saveurs à mon palais assoiffé. Son trouble crépitait sous mon abordage, son bassin tendu au bord de l’assise, dans un équilibre précaire.
J’étais trempée.
- Tu me fais mouiller,
- Dis-le encore.
Je le redis une nouvelle fois. Et aussi, Regarde-moi maintenant. Il défit le bandeau sans se faire prier. Lorsque je retrouvai enfin son regard de miel, je commençai à me caresser sans interrompre la danse de ma langue. Je synchronisai la montée de mon plaisir avec le sien. Penchée au-dessus de lui, je guettai la variation de son souffle entremêlé de ses soupirs. La brûlure de son regard sur mes doigts me galvanisait.
6
Postlude
Une petite voix intérieure me chuchotait à quel point j'aurais aimé que quelques clichés puissent capter l'empreinte de nos désirs sur pellicule. Nos visages infusés dans cette incandescence. Nos doigts portant le reflet miroir de nos liqueurs. La tension de nos muscles l'un vers l'autre. Cette partition millénaire et pourtant sans cesse réécrite par deux corps, comme si c'était la première fois.
- J'ai envie de
Je n'ai pas le temps d'énoncer mon souhait. Il attrape le préservatif que j'ai laissé au pied du fauteuil. Il nous faut peu de temps pour le mettre en place ensemble, mes doigts le déroulant avec gourmandise jusqu'à la base fière. D'une main, il guide mes hanches vers son bassin. Dans ce face à face des plus intimes, nous suspendons le temps. Juste au-dessus de ce précipice vertigineux.
- J’ai envie de te sentir du dedans.
La morsure des mots, dits à voix haute. J’ai envie de marquer son cou de mes dents. Croquer à pleine bouche son épaule conquérante. J’ai envie de me déshabiller de la pudeur des premières fois. Chaque centimètre de ma peau libère de l’ocytocine. Ses mains retrouvent mes hanches. Il me replace juste au-dessus de son sexe, ne me lâche pas du regard. Il sait ce quelque chose de moi sans que j’aie besoin de le dire. Je ne dis pas Ne lâche pas mon regard, j’ai besoin de tes yeux dans les miens pour anéantir ma pudeur.
Je ne sais plus si c’est lui qui entre en moi ou si je prends l’initiative de m’ouvrir sur lui. Je me dissous dans mes sensations. Il me remplit sans besoin d’ajustement. Une onde de chaleur remonte jusqu’à mon plexus. Je le regarde se regarder, entrer et sortir. Ça me submerge. Je l’enserre de l’intérieur et ça nous fait gémir simultanément. Je veux juste rester dans les rouleaux de cette vague. En apnée ou en apesanteur, je ne sais plus. Je m’en fous. Je ne sais pas combien de temps nous restons accrochés l’un à l’autre, si c’est lui ou si c’est moi qui finis par dire Viens.
Juste après avoir refermé la porte, ses mots me suivent.
Je n’oublierai jamais le goût de ton plaisir.