
Quand il n'y a plus de retour possible.
Publié le 8/26/2025
De l'extérieur, ma vie semblait parfaite. Nous habitions une villa en pierre dans la banlieue chic d'Aix-en-Provence, avec une pelouse digne d'un tableau impressionniste, une piscine azur scintillante sous le soleil ardent de la Provence et un mari, Luc, travailleur acharné qui subvenait généreusement aux besoins de notre famille.
Notre fils Théo, vingt et un ans, était sur le point d'obtenir son diplôme de l'école de commerce. Aux yeux de tous, nous étions l'incarnation du bonheur à la française. Mais derrière les volets clos, la réalité était bien différente. Luc passait ses journées et la majeure partie de ses soirées au bureau, ou bien scotché à son smartphone, rivait à l'écran de la télévision quand il daignait être à la maison. La flamme qui avait illuminé notre mariage s'était éteinte lentement, silencieusement, me laissant seule dans l'immense silence de notre demeure.
Je me souviens encore de ce peignoir en soie noire que je portais souvent le soir, sa matière douce glissant sur ma peau, un luxe inutile dans cette solitude. Il accentuait la courbe de mes hanches, effleurait mes cuisses, mais personne n'était là pour le remarquer. Un samedi après-midi de juin, un après-midi où les embrun embaumait la lavande et le thym, que j'ai vraiment remarqué Rémy.
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Créer un compteIl était le meilleur ami de Théo, un jeune homme confiant dont la politesse n'avait d'égal que son charme discret. Il fréquentait notre maison depuis plusieurs mois déjà, mais n'avait été jusque-là qu'une silhouette en arrière-plan, une ombre joyeuse dans le sillage de mon fils. Ce jour-là, j'étais dans la cuisine, les mains occupées à préparer une tapenade pour le dîner. Mon regard se perdant à travers les baie vitrées donnant sur la piscine. Théo et Rémy rient aux éclats, leur voix jeune et insouciante emplissant l'air.
C'est là que quelque chose a changé. Rémy venait de sortir de l'eau, son corps athlétique ruisselant sous la lumière du soleil provençal qui faisait miroiter chaque gouttelette sur sa peau. Ses cheveux noir, mouillés, collaient à son front et son sourire insouciant, presque innocent, a capté mon regard et ne l'a plus lâché. Il dégageait une énergie si vive, si pleine de vie, un contraste saisissant avec le comportement épuisé et distant de mon mari. Pendant un court instant, un instant suspendu, je n'ai pas pu détourner les yeux. Je me suis surprise à détailler ses muscles sous sa peau bronzée, l’eau s’écoulant le long de son torse, jusqu’à un endroit imposant de son anatomie, une image fugace, presque interdite, qui s'est imprimée dans ma mémoire. J'ai secoué la tête un peu trop violemment et repris mes tâches, mais mes pensées revenaient inlassablement vers lui comme un aimant.
Au fil semaines, Rémy passait de plus en plus de temps chez nous. Lui et Théo soulevaient des haltères dans le petit gymnase de Luc, jouait aux jeux vidéos tard dans la nuit, leur rire raisonnant dans la maison, ou se détendait près de la piscine. À chaque visite, je devenais plus consciente de sa présence, de sa voix grave, de son rire si particulier, même du parfum subtil de son eau de toilette aux notes boisées qui flottait encore
dans l'air bien après son départ, imprégnant les coussins du salon. C'était un parfum d'hommes jeune, frais qui contrastait avec l'odeur un peu lourde du tabac froid qui émanait souvent de Luc.
Un après-midi, alors que Théo était parti faire des courses en ville, Rémy entra dans la
cuisine pour se servir à boire. J'étais penché sur le plan de travail, les fins talons de mes mules en cuir tressé claquant doucement sur le carrelage frais, le soleil jouant avec les reflets de ma robe d'été légère en lin blanc qui laissait mes épaules nues.
- Madame, je peux prendre un peu d'eau fraîche ? demanda-t-il.
Sa voix, plus proche que je ne l'attendais, me fit sursauter, mon cœur battant soudainement plus vite.
- Bien sûr, répondit-je, essayant de paraître calme. Et s'il te plaît, appelle-moi Claire.
Il sourit, un sourire charmant qui éclaira son visage.
- Merci, Claire,
Nos mains se frôlèrent brièvement. Un contact innocent, à peine perceptible. Pourtant, un courant électrique traversa mon bras, provoquant une décharge inattendue. Je me retirais aussitôt, espérant qu'il n'ait pas remarqué le léger tremblement de mes doigts, ma respiration qui s'était soudainement bloquée dans ma gorge. Je sentais mes joues s’empourprer.
- Désolé, dit-il doucement, un brin d'amusement dans ses yeux.
- Ce n'est rien murmura je, le cœur battant la chamade, mais joues définitivement en feu. Il s'éloigna pour remplir son verre et je m'appuyais contre le plan de travail, tentant de
calmer les pensées tumultueuses qui se bousculaient dans ma tête. Que m'arrivait-il ? J'étais une femme mariée de quarante ans et rougissais comme une adolescente. Mon décollette plongeant, habituellement ignoré, me semblait soudain trop audacieux.
Ce soir-là, alors que tout le monde dormait, je me suis assise au bord de la piscine, observant le reflet nacré de la lune sur l'eau immobile. L'air était doux, parfumé par le jasmin grimpant. Je me suis convaincu que ce n'était qu'un simple béguin, quelque chose
d'éphémère, une étincelle passagère dû à l'ennui. Mais au fond de moi, je savais que
c'était plus que ça. Rémy n'était pas seulement séduisant, avec ses muscles harmonieux et ses yeux pétillants, il était aussi incroyablement attentionné. Il remarquait mes hésitations, mes sourires forcés, mes moments de mélancolie. Il avait cette capacité à me regarder vraiment, pas à travers moi comme Luc le faisait depuis si longtemps.
Un soir, alors que je pliais le linge dans la buanderie près de la fenêtre ouverte, j'entendis Théo et Rémy jouer au basketball sur le terrain attenant au jardin. La chaleur estivale était intense et ils avaient retiré leur t-shirt, leur corps luisant de sueur sous les projecteurs. J'essayais de rester concentré sur mes piles de draps de lin, mais mon regard revenait sans cesse vers Rémy. Son agilité, la façon dont ses muscles se tendaient à chaque mouvement, le dessin de son dos.
J'ai été surprise de croiser son regard. Un instant fugace, mais rempli d'une intensité inattendue. Ce n'était pas un simple sourire amical. Il y avait quelque chose de complice,
presque provocateur, une invitation silencieuse qui fit s'emballer mon cœur. Mes doigts s'agrippèrent au tissu, froissant involontairement une chemise de Luc. Je détournais les yeux, le souffle court. Quelques minutes plus tard, il se tenait près de la fenêtre ouverte, son ombre découpé par la lumière du soir, ses cheveux encore humides, quelques mèches collées à son front.
- Tu devrais sortir un peu Claire, prendre le soleil, dit-il, sa voix grave teintée d'une douceur inattendue.
- Je suis bien ici pour l'instant, répondis-je, forçant un rire qui sonna faux même à mes propres oreilles.
Mais ces mots, et surtout la manière dont il les avait prononcé restèrent gravé en moi. C'était un défi, une invitation à oser, à vivre. L'odeur du sel et de la transpiration masculine mêlée à son eau de toilette flottait jusqu'à moi, enivrante. Je pensais à la sensation de son corps contre le mien. Ce soir-là, alors que je nettoyais la cuisine, rangeant les
dernières assiettes dans le lave-vaisselle, Rémy entra à nouveau. Sa présence me troublait, sa proximité, l'aura qu'il dégageait.
Je portais une fine nuisette en satin blanc, un choix qui me paraissait assez audacieux, inapproprié pour une femme mariée en plein milieu de sa cuisine, même si j'étais seule. Elle soulignait mes formes effleurait ma peau.
- Tu as besoin d'aide ? demanda-t-il, ses yeux fixés sur moi.
- Non, c'est bon, dis-je, évitant son regard, mes mains s'agitant sur une éponge.
Mais il ne partit pas. Il s'appuya contre le comptoir, me regardant avec une intensité qui me transperçait.
- Tu travailles trop, Claire. Quelqu'un devrait prendre soin de toi pour une fois.
Je me figeais, serrant le torchon dans mes mains. Personne ne m'avait parlé comme ça depuis des années, avec cette douceur, cette sollicitude. Luc était bien trop occupée par ses chiffres et ses affaires. J'aurais dû le repousser, tout arrêter à cet instant, lui dire de partir, mais je ne l'ai pas fait. Au lieu de cela, je levais les yeux vers lui. Son regard était profond, bienveillant et rempli d'un désir à peine voilé qui me répondait en écho. L'air était devenue électrique. Chaque particule chargé de la tension entre nous.
Un soir, Luc et Théo étaient partis voir un match de rugby à Marseille. La maison était silencieuse, enveloppée d'une tranquillité étrange et presque oppressante. Je n'ai plus réfléchi. J'ai oublié les conséquences, les années de fidélité, le nom de Luc. Je me suis penché vers lui, mes lèvres légèrement entrouvertes et il me rencontra à mi-chemin. Nos bouches se rencontrèrent, nos langues se défièrent dans un baiser avide, et des semaines de désir contenus, d’envie inavouée, explosèrent au sein de ce moment volé, fragile et puissant à la fois. Ses mains étaient fortes mais tendres, ses doigts glissant sur ma peau sous la fine bretelle de ma nuisette. J’étais nue dessous.
Son toucher réveillait quelque chose de profondément enfoui en moi. Une passion que je croyais morte. Les lèvres soudées, je l’entraînais à la chambre, dans le lit conjugal.
Les draps de soie froissé témoignaient de l'urgence de nos étreintes. Je me cambrais, gémissant sous ses douces caresses qui arpentait chaque centimètres de mon corps, de mes seins, jusqu’aux endroits bien plus intime. Nos regards se sont cherchés, se sont trouvés. Nous avons volé des moments furtifs chargés de sens, des murmures échangés à voix basse, des gestes volés, des caresses dans l'ombre qui faisaient courir des frissons glacés puis brûlant le long de mon corps. Ses mains se posaient parfois sur ma nuque, ses doigts s'emmêlant légèrement dans mes cheveux. une sensation qui me procurait un plaisir inouï.
Cette nuit là, j’en profitais pour lui faire bénéficier de toutes les faveurs, de tout les interdits que mon corps pouvait lui offrir, dont certains n’avaient jamais été exploité. Prise par le désir, je perdit le compte de combien de fois j’avais joui cette nuit là.
Et puis, le silence, allongé contre son torse, je sentais son cœur battre fort comme le mien. J'avais franchi l'interdit, mais pour la première fois depuis des années, je ne ressentais pas de culpabilité, seulement la certitude d'avoir retrouvé une étincelle, une lumière. Ce n'était pas prévu, pas raisonnable, mais c'était réel. Et dans ce chaos d'émotion, je savais que je n'étais plus seule. Quand je me levais, Rémy était parti.
Mais les secrets, qu'il soit gardés dans le cœur ou dans le silence des draps, ne reste jamais caché pour toujours. Un soir, Luc trouva le sweater à capuche gris de Rémy sur une chaise de la salle à manger, abandonné négligemment.
- Rémy a laissé ça ici, demanda-t-il, sa voix rauque, les yeux plissés.
- Oui, répondis-je trop vite, ma voix trahissant ma nervosité.
Mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine, un tambour assourdissant. Il me regarda, un sourcil levé, son regard suspicieux s'attardant sur mon visage, mais ne dit rien de plus. Le tissu du sweater, avec l’odeur de Rémy, me semblait crier notre secret. Le coup fatal arriva quelques jours plus tard. Luc entra dans la cuisine au pire moment possible, juste au moment où Rémy me tenait par la taille, et ses doigts effleurèrent les miens. Un geste d'une innocence simulé mais lourde sous-entendu. Le silence s'abattit sur la pièce, épais et pesant comme un linceul.
- Qu'est-ce qui se passe ici ? hurla Luc, sa voix emplie d'une fureur qui me glaça le sang.
Théo apparut dans l'embrasure de la porte, le visage confus, alerté par le cri de son père.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
Luc se tourna vers lui, son visage déformé par la colère, sa voix tremblante.
- Tu connais vraiment ton ami,Théo ?
Et là, tout s'écroula. Théo partit en claquant la porte, furieux, le cœur brisé. Rémy le regard détruit, les épaules voûtées, quitta la maison sans un mot, son sweater à capuche oubliée sur la chaise. Luc et moi restèrent figé, immobile, le poids de ma trahison, lourd, palpable, suspendu entre nous. Les quelques boutons de ma chemise de nuit en soie semblaient soudainement me brûler la peau.
Les semaines suivantes furent un enfer. Théo refusait de me parler. Ses silences étaient plus assourdissants que n'importe quel cri. Luc s'installa dans la chambre d'amis, la porte toujours fermée, un mur invisible entre nous. Rémy disparut de notre vie, laissant un vide douloureux.
Des mois plus tard, je vis toujours avec les conséquences. Mon mariage ne tient plus qu'à un fil, une toile d'araignée fragile prête à se rompre. Ma relation avec Théo est peut-être irrémédiablement brisée. J'ai revu Rémy une fois par hasard dans un café d'Aix. Nos regards se sont croisés, un instant de mélancolie partagé. Mais nous savions tous les deux que ce que nous avions vécu n'était pas de l'amour. C'était une erreur. Une erreur qui a faillit me faire tout perdre, détruire mon couple.
Aujourd'hui, je vis dans une maison silencieuse hantée par mes décisions, par les échos de rire passé et les murmures volés. Il y a des lignes une fois franchies qu'on ne peut plus jamais retraverser.